30 août 2006
Amour normal
Je ne savais pas si elle avait eu le temps de raconter la conversation qu’elle avait eu avec Richard à mon père, mais je sentais quand même un regard interrogateur dans les yeux de mon père.
Les conversations tournaient autour de l’école, des parents de la musique, bref tout le monde essayait de s’adapter à la situation assez étonnante que nous étions en train de vivre.
J’étais amusé par le regard attendri que lançait de temps en temps à Richard, montrant la compassion qu’elle avait pour ce jeune homme amoureux de son fils mais qui ne pourrait jamais l’avoir. Cela m’amusait doublement parce que dans un premier temps, elle se plantait royalement sur notre relation et cela m’arrangeait bien, et dans un deuxième temps, elle l’aurait fusiller du regard si elle pensait que c’était moi l’amoureux transit et éconduit !
Le repas se passait plutôt dans une bonne ambiance, jusqu’à ce que mon père mette les pieds dans le plat en me parlant de Sandrine.
Je lui expliquai qu’avec Sandrine, c’était fini, et que maintenant, j’étais avec Corinne, donc il ne fallait pas trop compliquer les choses en en parlant. Visiblement, il n’avait pas eu le temps de parler à ma mère ou elle ne lui avait pas tout dit car il lança :
« - Quand je pense que ta mère te croyais amoureux de Richard, c’était vraiment du n’importe quoi. Et se tournant vers ma mère, tu vois notre fils est normal !
- Papa, dis-je, je ne vois pas la normalité la dedans
- Oui fit ma mère, pourquoi tu dis normal ? il aime les filles voilà tout
- Non mais c’est le monde à l’envers, dit mon père, c’est toi qui me dis cela, alors que ce matin encore tu le traitais d’anormal parce que tu le disais amoureux de son copain
- Non, je ne disais pas anormal
- Bon écoute, on ne va pas se battre maintenant, devant tout le monde, mais tu es de mauvaise foi, en tout cas, tu vois, ces deux garçons ils sont saints
- Votre fils l’est peut-être ! lança Richard
- Pardon ? fit mon père
- Oui, votre fils l’est peut-être, mais je ne pense pas que lorsque deux garçons s’aiment cela en fait des êtres anormaux, immoraux, ou mal saint.
- Non, je n’ai pas vraiment voulu dire cela, mais..
- Cela m’arrangerait effectivement que vous n’ayez pas voulu dire cela, dit Richard en coupant la parole à mon père,( et je le trouvai vraiment audacieux)
- Pourquoi ? demandait mon père
- Tout simplement parce que je suis tombé amoureux de votre fils, et que je ne suis pas anormal pour autant. »
Un grand silence s’installa dans la pièce. Mon père regardait Richard, me regardait et fini par se tourner vers ma mère avec un regard interrogateur.
« - Nous n’avons pas eu le temps d’en reparler, dit ma mère, mais je t’expliquerai plus tard
- pourquoi plus tard, fit mon père, tout le monde est là alors autant en profiter
- Tout simplement parce qu’on peut mettre mal à l’aise ces jeunes, et ce n’est pas très malin
- Non madame, fit Richard, cela ne me met pas mal à l’aise (j’aurai préféré qu’il ne dise rien car moi j’étais très mal à l’aise)
- Bon alors moi j’ai une question, pour essayer de suivre l’histoire alors, fit mon père
- Je vous écoute dis Richard
- Hier, j’avais mon fils Yahn qui était avec Sandrine, et suivant les dires de ma femme, il était amoureux de Richard ; Pour finir ce matin, il est avec Corinne, n’est pas homo et c’est Richard qui est amoureux de mon fils, j’ai tout suivi là
- Parfaitement fit Richard, Hein Yahn ?
- Euh, oui, c’est cela, mais papa, je vois pas pourquoi vous tenez à tout savoir, c’est notre sauce à nous trois
- Euh tu m’excuseras mon fils, mais je suis quand même très intéressé de savoir si mon fils est hétéro ou pas
- Pourquoi ? fis je
- Mais pourquoi, je sais pas moi, fit mon père visiblement embarrassé
- Parce que c’est un handicap d’avoir un fils homo ? une honte ?
- Mais non, je n’ai jamais dis cela
- Non mais tu le penses, lui dis je, vous le pensez tout les deux, et cela me révolte. Tu crois que lorsqu’on est hétéro, homo, ou bi on l’a voulu ? on l’a choisi ? tu t’es levé un matin toi en te disant, tien si j’aimais les femmes ? (Richard rigolait doucement)
- Non, bien sûr que non, mais comprend aussi que pour des parents, c’est important de le savoir car c’est souvent source d’ennuis et de rejets, et aucun parent n’a envie que son enfant vive une situation comme celle là
- Mais si vraiment aucun parent n’avait envie de cela, alors il ne le ferait pas pour les autres enfants ! et il n’y aurait plus de problèmes. C’est parce que les gens qui n’ont pas de fils ou fille homo disent « les pauvres, ou beurk c’est dégueulasse » que les autres espèrent que leurs enfants ne le seront pas !
- C’est une bonne remarque, mon fils, et tu as raison, mais tu ne changeras pas le monde parce que tu as un copain homo
- Je ne veux pas le changer parce que j’ai un copain homo, je veux le changer parce que je suis…
- Il est dégoutté par tout les propos qu’il peut entendre à mon égard, car c’est mon meilleur pote, fit Richard en me coupant la parole pour m’éviter de dire ce que j’aillais dire, comprenant très bien que j’allais le regretter par la suite ; Votre fils est quelqu’un de très bien qui ne juge pas
- Merci richard, et toi aussi tu es quelqu’un de bien, ni anormal, ni mal saint, comme moi, nous sommes des garçons normaux
- Oui, fit Corinne, tout à fait normaux, et bien au dessus de la moyenne, questions garçons
On se mit à rire tous les trois.
Le repas se finit un peu plus calmement.
Nous étions resté l’après midi ensemble tous les trois, bien sagement dans ma chambre, assis derrière ma porte pour éviter d’être dérangés, les uns à côté des autres, collés, serrés.
Nous croisâmes nos mains tous les trois ensemble, en essayant de se promettre de ne jamais se faire mal mutuellement, nous savions tous que nous ne pouvions pas rester dans cette situation là bien longtemps sans que des conflits ou des jalousies naissent, mais on voulait se promettre de ne pas se déchirer.
Corinne nous laissa en fin d’après midi, nous embrassant l’un après l’autre tendrement. Je raccompagnai ensuite Richard au Bus, en lui disant que j’avais hâte d’être demain, au lycée, pour le revoir… Arrivé à l’arrêt de bus et avant qu’il n’arrive je mourrais d’envie de l’embrasser, il le lit dans mes yeux et me dit
« demain, essaie d’arriver un peu plus tôt, Rdv au même endroit que d’habitude, et on pourra se dire bonjour, comme on aimerait se dire au revoir maintenant ! » Il avait toujours la réaction et les phrases qu’il fallait pour me remonter le moral ;
Je venais de faire une rencontre, la rencontre avec l’amour, ma rencontre avec « Je t’aime ».
J’aurai pu finir cette histoire avec ils vécurent heureux, mais n’eurent pas d’enfant… mais non, cette phrase ne peut pas coïncider avec la suite…vraiment pas.06:26 Publié dans Nouvelle 1 - Chapitre III | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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