04 août 2006

Route sans issue

Comme de juste, je n’avais rien dormi de la nuit, vous savez cette impression que l’on a le matin quand on se lève et que vous vous rappelez exactement ce à quoi vous pensiez au moment de vous endormir, comme s’il y avait 2 minutes… et bien là, c’était carrément cela. J’avais mis tellement longtemps à m’endormir que la nuit était déjà bouffée de moitié, ensuite, j’ai du regarder le réveil toutes les heures, en ayant l’impression de venir juste de fermer les yeux.
Autant vous dire que le matin, je n’étais vraiment pas frais. Ma mère comme de juste me tapa un scandale en me disant qu’elle était à deux doigts d’appeler les parents de mon copain pour repousser l’invitation d’un week-end de peur que je ne dorme pas à nouveau la nuit prochaine, mais je lui fis remarquer, non sans énervement, que je n’étais plus le petit garçon qu’il fallait border tous les soirs.
La matinée fut interminable, le repas de midi déplorable, les nerfs planant au dessus de la table comme un vautour au dessus d’une carcasse… Et l’heure de son arrivée avançait tout doucement.
Coup de fil, ma mère m’appelle : « c’est pour toi ! »
-« Allo, oui, richard ? Oui ça va et toi ?
- Ecoute, j’suis désolé Yahn, mais je vais pas pouvoir venir chez toi ce soir, si tu veux on remet cela à demain, je passe te voir dans la journée ?
- Ben, je voulais que tu viennes dormir, histoire qu’on passe plus de temps ensemble
- Ah ouaih, cool, mais là, il faut que je fasse un truc d’ici ce soir, c’est mort à mon avis, ou alors si tu veux, je reste coucher chez toi demain soir et on part au bahut ensemble lundi ?
- Ben, tu sais mes parents, ce n’est pas la souplesse même, ils voudront jamais la veille du collège que j’invite un pote… fait chier, j’étais super content de te voir en dehors de l’école
- Ben oui, je sais, c’est rare qu’on se voit en dehors, c’est marrant d’ailleurs, je vois tous mes autres potes, mais toi non, alors que t’es le mec sur qui je peux compter, tu es The pote !
- c’est gentil, mais en fait, c’est à cause de mes vieux, ils ne sont pas cool encore sur les sorties… bon on fait comment, on reporte ?
- Non ça me fait chier moi aussi que tu sois déçu, je te propose un truc, tu négocies avec tes parents de venir dormir chez moi, et on fait ce que j’ai à faire ensemble, comme ça même si ça traîne, on se verra, ok ?
-Ben ça tiendrait que de moi, je serai déjà parti, mais là va falloir que je négocie avec mes vieux, je peux te rappeler ?
- Oui, mais tu fais vite, car je vais bientôt me tirer
- Ok, mais au fait, tu dois faire quoi de si urgent ?
- Ben, tu sais je t’ai parlé de la meuf vers chez moi, elle veut à tout prix que je passe, elle me dit qu’elle a un truc à me donner, et qu’elle doit me le donner aujourd’hui, enfin je pense que c’est un vieux prétexte relou pour que je vienne, mais j’ai pas envie de la décevoir, j’ai trop envie de me la faire !
- Oui, mais si je viens, je vais faire quoi moi ?
- t’inquiète, je vais pas te demander de tenir la chandelle, remarque je pourrais te faire participer si tu veux ? je déconne, non mais c’est juste pour voir ce qu’elle veut, après on sera cool chez moi, et je suis sûr vu ce que tu me dis sur tes vieux, qu’on sera plus tranquilles pour veiller non ?
- Oui, c’est clair, mais bon, va falloir que je négocie cela… je te rappelle. »
Moi, cela ne m’aurait pas dérangé de participer, rien que l’idée m’excitait déjà, me retrouver avec une nana et richard, c’était plutôt cool comme idée. Mais bon, j’avais autre chose à faire avant de penser à cela, et je savais la négociation difficile.
Ca n’avait pas loupé, grosse engueulade avec ma mère, négociation avec mon père, et pour finir, un Ok mais tu ne reviens pas trop tard dimanche matin. Alors ça, je m’en foutais royal car une fois là bas, je pouvais toujours les appeler pour rentrer plus tard, la soirée s’annonçait bien.
Je rappelai donc Richard, mais eu une voix féminine, je pense sa mère qui me dit qu’il venait de partir. Au moment où j’allais raccrocher elle me dit :
« - Mais tu es Yahn ?
- oui ?
- il m’a chargé de te dire de venir, qu’il avait réfléchi et que tu avais raison, c’était mieux qu’il y aille seul, mais que si tu avais l’autorisation, tu pouvais venir l’attendre.
- Et vous cela ne vous dérange pas ?
- Mais non mon petit, ne t’inquiète pas tu sais moi, dans une heure je parts travailler, mais si tu veux l’attendre ici, il va falloir te dépêcher avant que je ne parte !
- Bien madame, je prends mes affaires et fais au plus vite. »

Je pris deux trois affaires dans mon sac, il fallait que je fasse vite, Richard habitant vers le collège, je devais prendre le bus. Ma mère venait toutes les cinq minutes pour voir ce que j’emmenais et me rappela de ne pas oublier mon pyjama.
« - Maman, quand réagiras tu et ouvriras tu les yeux ? Je ne suis plus un gamin, je n’ai pas à prendre un pyjama pour aller chez un pote, et tu n’as pas à vérifier si j’ai pris une paire de chaussette de rechange ? Si tu as encore besoin de materner, tu peux me faire un petit frère ou une petite sœur non ? »
La phrase fit mouche comme je l’espérai et après un « certainement pas » ma mère me laissa tranquille jusqu’à mon départ. Je glissai dans mon sac l’article découpé, en prenant soin de le planquer tout au fond des habits au cas où.
Dans le bus, je n’arrêtai pas de penser à notre conversation téléphonique et sa proposition de me joindre à eux au cas où il se passerait quelque chose. Au vue de la réaction presque instantanée que j’avais au niveau de l’entre jambe, je me dis à nouveau que je devais quand même bien être bi pour être autant attiré par lui, même si ce n’était que par lui. Franchement, cela m’emmerdait plus qu’autre chose, parce que je n’avais pas envie de compliquer tout, je voulais être son ami, mais le véritable ami, et non pas une source de problème. Imaginons que je lui avoue mon attirance, qu’il se vexe ou pète un plomb… je ne voulais pas le perdre, mais si je ne lui disais rien, je suis sûr que plus tard, j’allais me retrouver comme ce type, en train de pleurer mes regrets sur le courrier des lecteurs d’un journal gay… Super comme avenir !
J’avais de toute façon jusqu’à ce soir pour me décider, mais j’avais vraiment l’impression d’avoir pris un cul de sac, d’être allé sur une route sans issue, j’étais perdu.
Sa mère me fit entrer, m’offrit à boire, et m’installa dans la chambre de Richard, en me disant que je pouvais lire ou regarder la télé, Richard m’avait laissé carte blanche.
Je ne savais pas où donner de la tête, je regardai dans tous les sens, je ne voulais rien louper, je voulais tout voir, je voulais tout connaître de lui à travers ses affaires. Mon regard fût vite attiré par le dessin accroché sur la porte de son armoire, c’était des « smurfers » comme on les appelait à l’époque, des jeunes qui dansaient le break dans les rues, et si j’avais vite remarqué ce dessin, c’est parce que c’est moi qui lui avait fait, un mois plutôt, sachant qu’il adorait cette musique et ce style. J’avais mis du temps à recopier une image que j’avais trouvé dans une revue, et quand je lui avais montré, il l’avait trouvé trop classe, je ne pouvais que lui donner. Et de le voir accroché là me fit énormément plaisir car cela prouvait que ce n’était pas juste pour me faire plaisir qu’il avait dit cela, mais qu’il lui avait vraiment plu.
J’étais maintenant allongé sur son lit, la tête perdue dans mes pensées, à l’attendre patiemment.
J’entendis le bruit d’une clef dans la serrure de l’appartement.

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