03 août 2006

14 ans, coeur vaillant?

Cette petite pratique dura aussi longtemps que la longueur du tissu dans la boîte à couture me le permit, c'est-à-dire plusieurs mois. Je prenais soin bien sûr d’économiser et de laver soigneusement le morceau d’étoffe pour qu’il reste toujours aussi doux et agréable au toucher. En ce qui concerne la relation avec Corinne, bien que relation soit un bien grand mot, j’essayais toujours de me rapprocher d’elle dans tous les sens du terme, mais c’était sans compter sur sa petite sœur qui elle, n’aspirait qu’à se rapprocher de moi.

Le comble fut le jour où Corinne vînt me parler de sa sœur, et me demander si je ne serai pas intéressé par « sortir avec elle ». Moi super timide, et complètement obnubilé par l’envie de lui faire plaisir, je ne trouva pas les bons mots pour faire comprendre à Corinne que sa sœur m’intéressait absolument pas alors qu’elle en revanche… c’était quand elle voulait.

Bref, je me retrouvais être le petit copain de la sœur de la fille qui me faisait rêver, et le meilleur pote du mec qui me faisait fantasmer ! C’était quand même beaucoup pour un gamin de 14 ans.

J’étais plutôt bon élève depuis toujours à l’école, mais dorénavant, j’allais à l’école pour deux raisons, la première pour éviter d’avoir à me cacher pour ne pas tomber sur Sandrine et être obligé de « jouer » les amoureux, et la deuxième pour passer un maximum de temps avec Richard.

Je me rappelle avoir essayé X fois d’inviter Richard chez moi à passer un week-end, non pas que j’avais des idées cachées là-dessous, mais toujours dans mon souci d’être le plus avec lui. Car il était de plus en plus clair dans ma tête, au fur et à mesure que les mois passaient et au vue de mon engouement pour ma voisine, que ma relation avec mon pote était tout à fait normal, j’avais même entendu à la télévision des adultes dire que certaines relations entre amis pouvaient être fusionnelles, limite ami/amant, sans qu’il n’y ait aucun sous entendu sur l’identité sexuelle des amis. Moi sur le moment, j’étais super content d’être tombé par hasard sur cet émission, parce qu’en l’espace de quelques minutes, j’avais trouvé la réponse à la plus grande des questions que je m’étais jamais posée.

N’empêche que mon polochon se transformait assez souvent, lors de mes ébats avec mon imaginaire Corinne, en Richard, et j’avoue que le plaisir n’était pas moindre, voir même il était grandi.

Je voulais en avoir le cœur net avant de faire venir Richard chez moi, non pas que je voulais lui sauter dessus, mais je voulais juste savoir si je pouvais aborder le sujet avec lui. Il fallait, à mon avis et après plusieurs soirées de réflexion, que je trouve des photos de mecs à poil pour voir si cela me faisait quelque chose. Je savais déjà que je ne me retournais que très rarement sur un garçon, et qu’en général, c’était dans le cas où j’avais des doutes sur son sexe. Pour moi, cela confirmait que mon attirance pour les garçons ne se résumait en fait qu’à une seule chose, l’amour que j’avais pour mon meilleur copain.

Dans les années 80, en l’occurrence en 85 l’année de mes 14 ans, on parlait de plus en plus de l’homosexualité mais il m’était très difficile de trouver des photos ou des revus sur cela. Quand, je pense à maintenant où il faut faire attention de ne pas mettre un mot trop équivoque dans un moteur de recherche, faute de quoi on a tout un tas de nanas ou mecs à poil qui arrivent à l’écran dans toutes les positions, bite à la main…

J’avais entendu parlé de la revue Gay pied mais je me voyais mal aller dans un bureau de tabac pour l’acheter. Je savais que dans certaine surface, on commençait à en trouver dans un rayon bien caché en bas de l’étalage, il me suffirait d’être discret pour le feuilleter.

Le samedi après midi, ma mère allait faire le sacro saint rituelle des courses à Mammouth, grande surface de l’époque. Elle nous posait souvent la question, à moi et mon frère, pour savoir lequel de nous deux voulait bien se dévouer pour venir avec elle et l’aider et c’était toujours le début d’une petite guerre fraternelle afin de savoir qui serait le plus inventif pour trouver une excuse.

Ce samedi, pas besoin d’excuse, le matin même je lui demandai d’aller avec elle, prétextant un nouveau magasine sur la musique qui venait de sortir et qui méritait que je m’y intéresse.

A peine arrivé dans la grande surface, je pris la direction des bouquins, laissant ma mère avec sa liste sans même lui demander dans quel sens elle allait partir.

Fait exprès, il y avait pas mal de monde dans le rayon, je n’avais aucune idée de quelle manière j’allais pouvoir prendre un de ces bouquins et le lire tranquillement.

Je commençais par attraper un Rock and Folk, afin de pouvoir dissimuler l’autre dedans. Puis discrètement, je faisais mine de chercher une revue sans la trouver en me décalant petit à petit vers le Gay pied que j’avais de suite repéré en arrivant. Profitant d’un moment d’inattention du mec juste à coté de moi, je pris le livre et le glissa dans l’autre. Un petit regard à droite à gauche me suffit pour voir que personne ne me regardait.

Je marchais dans le magasin à la recherche d’un coin tranquille pour bouquiner mais compris très vite que ce serait pratiquement impossible. J’avais fait à mon avis le plus dur, il fallait maintenant que je me débrouille pour enfin regarder cette putain de revue.

C’est en passant dans le rayon des pulls que j’eu l’idée de « la cabine d’essayage ». Je pris deux pulls en faisant attention de prendre des trucs pas trop moches au cas où ma mère se pointe et je glissai les revues dedans. Arrivée vers la vendeuse, je lui fis le signe 2 de la main en lui montrant avec l’autre les pulls. Pas de problème, 2 seconde plus tard, j’étais dans la cabine. Je savais que je n’avais pas trop de temps, premièrement parce que ma mère allait bientôt venir me chercher pour que je l’aide et deuxièmement parce qu’une cabine d’essayage, si tu y restes longtemps dedans, c’est louche !

J’étais assis sur le tabouret, jambe croisé et la revue ouverte sur mes genoux, et je commençais à regarder tout ces mecs nus, plutôt bien gauler il est vrai, mais qui ne me faisait ni chaud ni froid. J’étais assez indifférent à ce que je voyais, et passais les pages assez rapidement, jusqu’au courrier des lecteurs. Là, il y avait un article d’un mec qui racontait que lorsqu’il était plus jeune, il était raide dingue de son copain et qu’il n’avait jamais réussi à lui dire, maintenant, ils ne se voyaient plus, lui était marié, et son plus grand regret était de ne pas avoir franchi le cap avec lui car maintenant, les questions étaient toujours là et malgré son mariage, malgré qu’il soit père, il se demandait toujours si l’amour qu’il avait pour son pote aurait pu vivre dans le temps et surtout, il regrettait le fait de ne pas avoir couché avec lui.

J’étais abasourdi par le fait de tomber sur un article qui correspondait complètement à mon cas, et j’en voyais là un signe. Maintenant, je me dis simplement que c’est un article qui touche beaucoup de mecs, et que donc le magasine savait très bien ce qui fait vendre ! Enfin à cette époque, et sous l’effet de la surprise, j’étais obnubilé par l’article et je pris l’initiative de déchirer la page, pour pouvoir la relire plus tard tranquillement.

Quelques minutes plus tard, les pulls et les revues reposés dans leurs rayons respectifs, je rejoignais ma mère qui ne se fit pas attendre pour me reprocher la longueur de mon absence.

La semaine suivante, à force de tourner autour du pot, d’amener le sujet tous les jours, et de faire pleins de sous entendus, richard me dit :

-«  bon écoute, samedi, je devais voir une femme le soir, mais bon elle est pas top, donc j’ai rien d’autre de prévu, ça tient toujours ton invit. pour venir chez toi ? »

Ben ça, heureusement que ça tenait toujours, et mes parents, ils pouvaient bien inventer n’importe quoi pour pas qu’il vienne, je m’en foutais royal, il serait à la maison ce samedi.Je savais maintenant que le Samedi après midi, il allait venir chez moi, qu’on allait bien délirer ensemble et que le soir venu, après le dîner, dans ma chambre, je lui montrerai l’article afin qu’on en discute ensemble, cela devenait vital pour moi de savoir ce qu’il en pensait et de lui dire ce que moi je ressentais. J’étais à la fois terrorisé et heureux de voir venir ce moment.

J’allais tout avouer à mon meilleur copain…

    

 

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