01 août 2006
Chapitre I - Le coeur gros comme ça...
J’avais 13 ans, l’âge où tout commence par te gonfler le matin en te levant. L’âge où tu te dis que cette chambre que tu aimais tant, cette famille où tu te sentais bien, et même cette école où tu avais envie d’aller pour retrouver les copains, et bien l’âge où tout cela est changé par on ne sait quel coup de baguette pas si magique que cela en fait, pour devenir un tas de merde sans nom qui n’est là que pour te faire chier.
Ma chambre était devenue une prison où mes parents se faisaient une joie de m’envoyer dès que j’essayai de leur expliquer pourquoi ils avaient tort sur tout ! C’était la seule prison de France où tu pouvais te retrouver enfermé dans la minute qui suit une discussion, sans même avoir été jugé ! Bref, 13 ans, non pas l’âge de raison, mais l’âge où l’on a Toujours raison.
C’est aussi, quand même, la période où l’on se pose beaucoup de questions, un peu sur tout, mais beaucoup sur le sexe. Moi, j’avais bien compris mon problème, la timidité. Incapable de dire quoi que ce soit à la fille qui me plaisait, je me voyais finir mes jours seul, dans une maison pourrie et sombre, avec un avant bras droit à la Popeye, développé uniquement par les plaisirs solitaires qui me prenaient tout mon temps libre. Le pire, c’est que j’avais mon meilleur copain, The pote, qui lui était si sûr de lui, et tellement mignon aussi le salaud, qu’il emballait une fille par jour, affichant un sourire radieux à chaque fois qu’il m’en parlait.
Je n’étais pas non plus très au courant des pratiques avec les filles, et lorsque mon pote me disait qu’il y avait en bas de chez lui « deux femmes qui voulaient sortir avec lui » je me demandais ce que des nanas d’un certain age pouvait bien vouloir faire avec lui, gamin de 14 ans, lorsqu’elles arriveraient enfin à aller se promener dans le centre avec lui. Ben oui, pour moi sortir, je ne voyais pas ce que cela pouvait être d’autre et des femmes, j’étais loin de m’imaginer que pour mon pote, qu’elles aient 12 ou 25 ans, les filles pour lui, c’étaient des femmes.
Alors, à cette époque, le cœur gros comme cela, c’était parce que ma mère me trouvait cœur d’artichaut, amoureux toutes les 5 secondes, et prêt à faire n’importe quoi pour plaire et être accepté.
-« Le cœur gros comme cela, mon fils, je vous jure, il est adorable, serviable, il ne ferait pas de mal à une mouche, les filles l’adorent ! »Tu parles, les filles m’adorent, oui, c’est clair, mais pas comme je le voudrai, je suis leur copain, mais pas leur petit copain. Alors, je me suis dit, il y a un truc, c’est vrai que je suis timide, et que je suis souvent paralysé par la simple idée d’aller voir une fille qui me plait, mais pourquoi elles, elles ne viennent pas ! Je ne suis pas moche, d’ailleurs, c’est les premières à le dire, je suis plutôt sympa, serviable, timide ok mais pas non plus autiste, bref pourquoi ? Je tournais toujours cette question dans tous les sens, dès que j’avais un moment de blues, c’est vous dire si, étant ado à l’époque, c’était pratiquement tout le temps. Jusqu’au jour où j’ai eu une révélation qui m’a mis une claque dans la gueule comme jamais personne ne l’avait fait, même pas mes parents, et pourtant, j’en avais pris deux ou trois de belles de leur part !
C’était un mercredi matin, on était au collège, j’avais Gym. C’était aussi un grand moment de solitude la gym, car je n’aimais absolument pas le sport, et me retrouver à faire le con sur un stade, ou à courir pendant des heures sans vraiment de but précis, me prenait la tête royalement. Les garçons de la classe devaient faire athlétisme, pendant que les filles allaient faire de la gym au sol. Manque de pot ce jour là, le stade à coté du collège était occupé par une autre classe. J’étais plutôt super content, voyant déjà le moment où notre prof capitulait et nous annonçait que finalement aujourd’hui, nous n’aurions pas gym. Penses tu, cet imbécile ne trouva rien de mieux que de lancer un joyeux :
-« C’n’est pas un problème, on va faire cross à l’école, vous allez courir tout autour des bâtiments et de la cour, pendant une demie heure »
Oh le con, y’avait rien de mieux pour me foutre de bonne humeur, je commençais à vouloir discrètement planquer mon sac de sport pour faire celui qui ne pouvait pas courir mais richard, mon pote me dit tranquillement :
-« bon, ben je le vois gros comme une maison qu’il va falloir encore se changer dans les chiottes, tu viens, on y va avant qu’il n’y ait plus de place et que l’on soit 12 dans 3 m² ? »
Bref, plus d’échappatoire, si même le pote s’y met, on va devoir courir. On se retrouve donc dans les WC des mecs, au rez de chaussée de l’immeuble où se trouvait la bibliothèque du collège, avec nos sacs de gym et tout les mecs qui entrent petit à petit dans le local où se trouvent les lavabos. Richard me fait signe de rentrer avec lui et Christian, son autre pote, dans le premier des chiottes libres en face de nous. Ce n’était pas le palace pour se changer et on était plutôt serré, et comme j’étais entré le premier, je ne pouvais même pas bouger.
Christian avait juste un short à enfiler, en même pas 2 minutes c’était fait, il nous fit signe de la main pour nous dire de nous dépêcher et ne resta pas plus longtemps dans notre 100 M² habitable. Richard se décala vers la porte et commença à enlever son pull et son t’shirt. Je restai dans mon coin sans bouger, la tête ailleurs. Quand il était en caleçon, à côté du moi, il se tourna et me dit :
-« ben, qu’est ce tu fous ? »
Au moment où cette phrase percuta mon cerveau pour me sortir de mes pensées, mon regard se posa sur lui et plus particulièrement sur son caleçon, n’ayant même pas fait attention qu’il s’était déshabillé pendant mon état semi comateux.
-« et oh, tu atterris mon gars ? Tu penses à quoi là ? Il te plait mon caleçon ? »
Cette phrase me fit rougir, pensant immédiatement à l’interprétation qu’il pouvait faire de mon regard.
-« Excuses moi, j’étais ailleurs, oui je me grouille, attends »Il enfila son short, son t’shirt, je continuais à le regarder s’habiller, en me changeant à mon tour, et c’est à ce moment là que je me suis rendu compte que le meilleur pote qui était juste à côté de moi, et qui jusqu’à présent n’était rien d’autre que l’ami de tous les jours, le gars franc et droit, sur qui je pouvais compter, et ce pote désormais, c’était transformé en une nouvelle émotion, un nouvelle sensation, une attirance. Je n’ai jamais couru aussi longtemps que ce jour là, tout simplement parce que je ne me rendais pas compte de ce que je faisais, étant perdu dans mes pensées les plus lointaines.
Je me rappelle ne pas avoir beaucoup dormi les nuits d’après, ne comprenant pas ce qu’il m’arrivait puisqu’il était clair et net jusqu’à cette fameuse minute dans les toilettes du collège, que j’étais attiré par les filles, et uniquement les filles. Ce qui me réconfortait, c’est que je n’avais aucune attirance pour les autres mecs. Rien, pas même un regard, en revanche, de jour en jour, je voyais richard d’un autre œil. Je ne pensais qu’à lui, je voulais n’être qu’avec lui, je devenais jaloux des moments qu’il pouvait passer avec une fille.
Lui n’avait rien changer avec moi, bien au contraire, me racontant dans tous les détails comment il avait emballé « une femme » en bas de chez lui et comment il l’avait peloté de partout quand il l’embrassait. J’étais comme un fou, mais ce qui me dérangeait le plus, c’était que j’étais passé du stade de l’attirance toute simple, aux fantasmes et autres envies, plus que sexuelles, et c’était tellement nouveau pour moi, que j’en étais vraiment gêné. Je n’étais pas homosexuel, je ne me sentais pas bisexuel, et pourtant j’étais attiré par mon meilleur ami. Que faire.
05:00 Publié dans Nouvelle 1 - Chapitre I | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



